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Field notes

3rd entry by guest blogger Prof. Dr. Dieudonné Iyeli Katamu

LA MUSIQUE CHRETIENNE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

 

Notre recherche en cours porte sur la musique chrétienne en RDC. S’il y a assez d’écrits sur la musique « profane » congolaise, la musique chrétienne souffre d’une carence assez regrettable. Lorsque j’avais publié mon ouvrage  intutilé «  La musique au cœur de la société congolaise » aux éditions L’Harmattan en 2010, j’étais interpellé par certains lecteurs, car je n’avais réservé que quelques passages à la musique chrétienne alors que celle-ci devient de plus en plus vivante en RDC.

C’est aussi une manière pour moi de saluer la mémoire de mon défunt père, le Révérend Katamu, qui 5 mois avant sa mort, avait ému le vœu, après avoir lu mon livre où je m’étais presqu’exclusivement étalé sur la musique  « profane » congolaise.

En vue de répondre à toutes ces inquiétudes de mes lecteurs qui ont eu comme impression que par musique congolaise, moi j’attends la musique profane, j’ai jugé bon de régler cette question en me lançant dans une recherche qui me permettra de produire à l’actif de la musique chrétienne congolaise, un livre qui pourrait un tant soit peu fournir quelques informations importantes.

Un regard sur la musique congolaise moderne, nous pousse à constater que celle-ci s’est bipolarisée en musique chrétienne et musique profane. Mais tout en demeurant toutes deux la musique congolaise moderne. Au-delà du fait que la musique chrétienne a un contenu plus biblique et la musique profane touche à divers faits de la vie en touchant parfois à l’interdit, quelle est la différence fondamentale entre ces deux types musicaux ? Cette question est fondamentale surtout quand on sait qu’à un certain niveau, les frontières entre le profane et le chrétien dans la musique congolaise moderne devient très étroites. Tous ces deux types musicaux puisant dans le folklore congolais, on peut remarquer quelques ressemblances. A titre exemplatif, Ngoya de la musique chrétienne et Tshala Mwana de la musique profane puisent toutes deux dans la danse traditionnelle mutwashi avec une légère différence que si la première se montre un peu réservée dans l’exhibition de sa danse, la seconde a la licence de s’adonner librement à tout mouvement de corps. C’est là un exemple parmi tant d’autres.

Il convient de faire remarquer que dans certains cas, le contenu des chansons pose parfois problème, car n’aide pas à différencier le  chrétien et le profane. La chanson « elongi ya Jésus » de Papa Wemba qui a un contenu « religieux » est dit profane parce que chanté par un artiste de la musique profane. Mais une chanson telle que «  Biso bana » de Bébé Suza est considérée comme chrétienne alors que son contenu relève de l’éducation dans le sens général du terme. Elle peut aussi être chantée par un artiste  musicien dit profane. Les exemples pareils sont si nombreux qu’on peut se demander où commence la chanson chrétienne en RDC et où s’arrête-t-elle ?

On pourrait également s’interroger sur la spécificité de la musique chrétienne  et son autonomie par rapport à la musique dite profane, car parfois, on a comme impression que la musique chrétienne congolaise est en train de se « mondaniser », de se « profaner » en recherchant dans la musique profane des modèles de conduite qu’on tente à modérer : la religion « kitendi », c’est-à-dire le culte de l’habillement et du paraître est en train d’envahir la musique chrétienne, la polémique qui était considérée autrefois comme la spécificité de la musique profane congolaise gagne du terrain dans la musique chrétienne congolaise, l’esprit de division, le goût du lucre, les quolibets dans des chansons, etc. Ces faits parmi tant d’autres donnent ainsi l’occasion à certains observateurs de déclarer que ces deux types de musique, c’est-à-dire profane et chrétienne ont en commun le fait d’être une musique congolaise moderne, et par conséquent, elles sont rongées d’une manière générale par les mêmes maux. Si une telle prise de position se révèle dans une certaine mesure vraie, elle ne peut que pousser à se demander où va la musique chrétienne en RDC ? Mais cela ne signifie nullement que la musique chrétienne congolaise n’a que de mauvais côté, elle éduque, elle invite à une vie spirituelle, elle convertit les gens, elle console, elle divertit.

La montée en puissance de la musique chrétienne en RDCongo ne paraît pas étonnant surtout quand on sait que ce pays est un scandale musical et qu’il a aujourd’hui plus d’églises que de magasins, de plantations et d’entrepôts. Et ces différentes églises larguent sur le marché, les artistes musiciens qui professent à travers leurs chansons, les doctrines de leurs églises.

On pourrait aussi se demander si outre la montée en puissance de la religiosité il n’y a pas d’autres facteurs qui influenceraient  cet état des choses tels que la crise socio-économique, l’étiquette si prestigieuse de la « musique chrétienne » par rapport à celle dite profane ou mondaine, la réussite sociale de certains artistes musiciens chrétiens, etc.

Cette recherche analysera les incidences de la musique chrétienne dans la société congolaise moderne en cherchant à déceler ses côtés positifs et négatifs en vue d’encourager les premiers et de décourager les seconds afin qu’ils ne gangrènent pas la société. Cette démarche tente de montrer que cette musique bien qu’elle soit dite chrétienne, elle est l’œuvre des humains qui, dès par leur nature ont du mal à atteindre la perfection. N’attend-t-on pas ces artistes musiciens chrétiens implorer l’intervention céleste afin de ne pas tomber dans le pétrin, de ne pas s’embourber dans le mal ?

Nous voulons également savoir pourquoi la musique chrétienne semble consacrer la réussite des femmes plus que la musique profane. Quelle différence il y a-t-il entre la thématique développée par les artistes musiciens chrétiens hommes et femmes ? Nous voulons également établir un rapport entre la musique chrétienne et la mondialisation. Mais aussi la nature des relations que les artistes musiciens dits chrétiens entretiennent avec les exigences des certains genres musicaux. Pourquoi par exemple, José Nzita semble parfois imiter Lucky Dube comme si il ne trouve de modèle dans le monde chrétien.

 

Dieudonné Iyeli Katamu

Tél. : (+243)812674408

Email :iyelikatamu@yahoo.fr

 

 

 

 

 

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About Congo Research Network

The Congo Research Network (CRN) is a community of researchers working on DR Congo and its diaspora across the Humanities

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