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Field notes

2nd entry by guest blogger Prof. Dr. Dieudonné Iyeli Katamu

LE FOLKLORE NTOMBA

 

Les Ntomba de Bikoro qui se situe à la province de l’Equateur en République Démocratique du Congo, ont été au cours de leur histoire des migrations en contact avec divers peuples. Cet élément historique a certes une incidence sur son folklore qui se caractérise par une richesse non moins négligeable. Tous les événements et aspects importants de la vie font appel à un folklore spécifique. Ceci montre à suffisance, l’importance que ce peuple accorde au folklore comme moyen d’expression de leurs joies, de leurs peines et des événements importants de l’existence.

La persistance du folklore Ntomba malgré les effets de la mondialisation culturelle, montre que celui-ci fait partie des éléments importants de la culture de ce peuple. En d’autres termes, puisque la meilleure femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a, les Ntomba de Bikoro ont leur folklore  qui les différencient des autres humains de la planète.

Ainsi le folklore Ntomba regorge une mine d’informations nécessaires pour tout celui qui veut connaître ce peuple, ses problèmes, ses angoisses existentielles, ses aspirations et sa vision du monde. C’est ce qui justifie pour nous, l’intérêt que nous accordons à l’étude du folklore de ce peuple. Car, à notre sens, à travers cette étude, nous visons de pénétrer les réalités sociales de ce peuple en vue de faire une lecture au-raz de marrée de cette société.

Chez les Ntomba de Bikoro, on remarque qu’il y a des folklores qui durent pendant longtemps et d’autres qui ont une courte durée de vie. Si les premiers sont encrés dans la culture en s’intégrant comme un élément culturel qui fait partie de l’identité de ce peuple, les seconds ne font qu’enrichir éphémèrement l’histoire culturelle de ce peuple.

Parmi les folklores qui ont fait long feu dans la société Ntomba de Bikoro, il y a lieu de citer les « nsambo », « bompenya », « bwahani », etc. Dans le second groupe, c’est-à-dire celui des folklores éphémères, on peut noter « lozaza », « saasa », « inkonga », « palaki », etc.

Si la durée peut constituer un élément de différenciation entre les différents folklores développés par les Ntomba de Bikoro, les événements qui occasionnent ces folklores jouent aussi pour les différencier. Ainsi, on peut trouver les folklores qui célèbrent la maternité, qui accompagnent les événements funèbres, les folklores de divertissement, les folklores pour implorer la miséricorde des génies, pour supplier les esprits ou les mânes des ancêtres, etc.

Dans les folklores qui célèbrent la maternité, il y a des folklores pour célébrer les naissances des enfants ordinaires, mais aussi les folklores qui célèbrent les naissances des jumeaux, qui sont considérés dans cette société comme des enfants extraordinaires. N’oublions pas que dans cette société, les jumeaux sont pris pour des esprits et en tant que tels, ils bénéficient d’un statut particulier. Ils sont vénérés et désignés d’une manière spécifique. Leurs géniteurs aussi sont hors du commun. La mère des jumeaux, par exemple, a la licence de dire certaines insanités qu’on ne peut autoriser à quelqu’un d’autre.

Le folklore funèbre est l’un des plus émotifs dans la société Ntomba. Il dévoile la vision que ce peuple a de la mort et de l’au-delà. Ce folklore permet de comprendre l’importance que les Ntomba de Bikoro accordent aux causes de la mort. On désigne parfois d’une manière voilée, les gens qu’on croit être à l’origine de la mort d’un membre de famille. Ce qui montre combien dans l’imaginaire collectif Ntomba, la mort naturelle constitue une exception et la mort causée par les méchants, une règle générale. Ainsi, les gens s’intéressent à rechercher la cause de la mort ou mieux les auteurs de celle-ci.

Dans le folklore de divertissement, il y a aussi des précieuses informations qu’on peut tirer. Dans le « bompenya » par exemple où garçons et filles se retrouvent autour d’un cercle nocturne, il revient à chacun à tour de rôle de se diriger vers la personne de son choix pour s’exprimer à travers un geste quelconque, mouvement de corps, etc. On se rend vite compte que ce geste ou mouvement de corps est loin d’être gratuit et le choix de la personne à qui on doit adresser ce geste, n’est pas aussi un fait du hasard. Ce folklore plonge tout celui qui a un œil exercé à la découverte de la sociométrie du groupe et à la compréhension des motivations des uns et des autres.

Mais, il convient de se demander si les acteurs Ntomba se rendent eux-mêmes compte d’une manière consciente de la valeur expressive de leur folklore ? Quelles sont les logiques qui sous-tendent les différents folklores des Ntomba de Bikoro? Qu’est-ce qui fait que certains folklores durent plus que d’autres ? Quel est le secret de la durabilité de certains folklores ? Quelle est la contribution de la génération actuelle dans l’enrichissement des folklores anciens ? Quelle est la capacité inventive de la génération actuelle ? Ce sont là autant de questionnements que suscite cette recherche.

Parmi les difficultés éprouvées lors de cette recherche en cours, il y a lieu de citer la disparition de certaines figures de marque du folklore Ntomba . Avec la civilisation de l’oralité, ces monuments sont partis sans pour autant livrer certains secrets aux générations actuelles sur le bien fondé de certains gestes, sur le pourquoi de certaines choses. Toutefois, dans la génération actuelle, il y a tout de même de gens qui essayent tant bien que mal à faire survivre les folklores anciens ou les enrichir. Ils y mettent également sur pieds de nouveaux folklores.

On peut également noter que certains folklores n’ont lieu qu’au cours de certains événements précis.  Par exemple, le folklore funèbre du chef, ne peut avoir lieu que lors de la mort d’un chef coutumier. On risque de boucler la recherche sans pour autant avoir eu l’occasion de voir certains folklores. Faut-il les occasionner ? Ca ne sera pas un folklore beaucoup plus artificiel, dépouillé de tout son sens culturel ?

 

Dieudonné Iyeli Katamu

Tél : +(243)812674408

Email : iyelikatamu@yahoo.fr

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About Congo Research Network

The Congo Research Network (CRN) is a community of researchers working on DR Congo and its diaspora across the Humanities

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